
REPORTAGE – En réaction au discours de rentrée alarmant du procureur de la République de Nice, Éric Ciotti et son homologue azuréen, le député Bernard Chaix, ont visité jeudi après-midi une aile du quartier des hommes.
Le Figaro Nice
Personne ici n’a oublié la donnée fournie par le procureur de la République de Nice le 4 octobre, dans son discours de rentrée : 192%. Il s’agit du taux d’occupation du quartier des hommes de la maison d’arrêt de Nice. En février, il n’était «que» de 153%. Soit une augmentation d’environ 25% en huit mois. Il n’en fallait pas davantage à Éric Ciotti pour se rendre sur place. Le député de la 1re circonscription des Alpes-Maritimes a fait le déplacement jeudi après-midi accompagné de son homologue – et plus fidèle lieutenant à l’échelle local – le député de la 3e «circo», Bernard Chaix.
Guidés par la directrice de la prison, Fanny Bouchard, et suivis à la trace par une flopée de journalistes, les deux parlementaires ont déambulé une heure durant dans l’une des ailes du quartier des hommes. Visite de cellules, échange avec les détenus, passage devant les cours de promenade… Rien d’inédit pour Éric Ciotti qui était déjà venu en mars dernier. «Je ne me souvenais pas de toute cette moisissure», s’étonne-t-il quand même en pénétrant dans l’une des grandes douches communes. À l’intérieur l’odeur est acre, suffocante. Les murs sont verts de pourriture, rongés par l’humidité. «Elle est toujours en service ?», s’interroge-t-il. «Oui, oui», lui rétorque la directrice. «On a un gros problème d’extraction de l’air», poursuit-elle, précisant que des travaux à hauteur de 80.000 euros sont en cours sur l’une des neuf douches de la prison. Les autres attendront.
600 bouches à nourrir
Idem pour le renouvellement du matériel dans les cellules, les travaux de sécurisation, ceux qui concernent la nouvelle armurerie ou encore les vestiaires du personnel… Le monte-charge alimentaire est régulièrement en panne lui aussi, tant pis. La priorité, c’est la nourriture. Et en ce moment, ce ne sont pas 350 bouches qu’il faut nourrir (quand la prison atteint 100% d’occupation) mais 600. Cela avec un budget annuel de 3 millions d’euros qui n’est pas réabondé d’un seul centime selon la fréquentation des cellules.
Tel est le fléau de la surpopulation carcérale. Une problématique d’autant plus inquiétante qu’elle est combinée à un manque d’effectif criant. Le taux de couverture de poste à la maison d’arrêt de Nice est aujourd’hui de 88%. Une vingtaine d’emplois demeurent vacants. «Ce taux était de 98% il y a quelques années. Mais c’était pire il n’y a pas si longtemps, on était descendu à 84%», rappelle Fanny Bouchard. Plutôt que de surpopulation, Éric Ciotti préfère, lui, parler de «sous-capacité carcérale». Le député ne s’inquiète pas plus du nombre de détenus que du manque de place dans les prisons. Un état de fait qui aurait, selon lui, des conséquences directes sur la réponse pénale. «Ça conduit les magistrats à se limiter sur le placement en détention des délinquants», déplore-t-il. «Ou alors, il y a des transferts de prévenus de la maison d’arrêt de Nice vers des centres de détention des Bouches-du-Rhône. Or, ils n’ont rien à faire là-bas», observe-t-il.
Une nouvelle maison d’arrêt
Le parlementaire plaide depuis des années pour la construction d’une nouvelle maison d’arrêt à Nice ou dans le territoire de la métropole en adéquation avec le traitement de la délinquance locale – en hausse constante – «et pour faire face à une société toujours plus violente», affirme-t-il. «Christian Estrosi (le maire de Nice, NDLR) a systématiquement rejeté les deux projets qui allaient en ce sens, l’un dans la plaine du Var, l’autre à Saint-Laurent du Var, c’est honteux», s’égosille-t-il en parfait opposant à celui qu’il entend détrôner aux municipales de 2026. «Construire un établissement comme celui-ci prend au moins sept ans, il y a urgence à agir», insiste-t-il.
Le député remarque aussi qu’entre les murs défraîchis de la maison d’arrêt azuréenne, près d’un détenu sur deux est de nationalité étrangère, tunisienne et algérienne pour l’essentiel. «Il nous faut une nouvelle politique en la matière avec des expulsions vers les pays d’origine en fin de peine voire pour la totalité de son exécution», martèle le député. Il y va également de la dignité des prisonniers, obligés de se partager parfois à quatre un espace lugubre de sept ou huit mètres carrés, voire, faute de place, de dormir sur un petit matelas à même le sol.
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