À Cannes, les maquettes géantes et les écrans immersifs attirent les regards au salon immobilier Mipim. Mais derrière les stands consacrés aux grands projets du Golfe, la guerre au Moyen-Orient plane discrètement sur les discussions entre investisseurs. Malgré les tensions, les représentants de plusieurs pays assurent que les affaires continuent.
Au Palais des festivals de Cannes, les visiteurs du Mipim passent difficilement à côté des projets saoudiens. Sur la façade du bâtiment et à l’intérieur des stands, les promoteurs du royaume mettent en scène leurs ambitions immobilières.
Dans l’un des deux espaces d’Invest Saudi, l’organisme chargé de promouvoir l’attractivité du pays, une maquette géante présente la future ville de Dariya, en banlieue de Ryad. Le projet immobilier, estimé à 63 milliards de dollars, occupe une large place dans la présentation. Juste à côté, une salle plongée dans la pénombre diffuse des vidéos consacrées à New Murabba, un nouveau quartier de la capitale saoudienne.
Des projets immobiliers très visibles
Au-delà des maquettes et des projections, l’Arabie saoudite met aussi en avant sa nouvelle réglementation destinée à attirer les capitaux étrangers. L’objectif est clair : convaincre des investisseurs de devenir des « partenaires de long terme » pour financer les transformations urbaines du royaume.
Mais dans les allées du salon, un sujet reste omniprésent sans être réellement évoqué. Depuis douze jours, des missiles frappent plusieurs pays du Golfe. Dans ce contexte, certains investisseurs hésitent à s’engager.

Du côté de Saudi Invest, la ligne est simple. « Business as usual », répète-t-on, sans prononcer le mot de « guerre ». Sur le stand voisin, occupé par la Fondation du parc du roi Salmane, la réponse est tout aussi prudente : « Pas de commentaire » sur le conflit.
Un représentant d’un projet immobilier saoudien affirme toutefois : « On rencontre des investisseurs tous les jours, ça n’a pas vraiment ralenti », tout en refusant d’être cité.
Des déplacements perturbés
La situation a néanmoins compliqué la venue de certaines délégations. Le trajet depuis Ryad a été long, parfois incertain, pour plusieurs participants.
Les représentants d’Abu Dhabi, arrivant des Emirats arabes unis, ont finalement annulé leur déplacement. Parmi les sociétés de conseil en immobilier présentes au salon, plusieurs n’ont pas pu faire venir leurs salariés installés à Dubaï.
Sur le stand du Qatar, aucune délégation venue directement du pays n’est attendue. L’espace accueille uniquement des représentants venus de Lyon.
Le directeur du Mipim, Nicolas Boffi, confirme quelques perturbations : « Il y a eu quelques annulations sporadiques, principalement de personnes coincées à Dubaï ». Les aéroports de Dubaï et Abu Dhabi continuent de fonctionner, mais leur trafic aérien a été suspendu par moments.
L’immobilier au cœur des stratégies du Golfe
Pour plusieurs États du Golfe, l’immobilier fait partie d’une stratégie plus large de diversification économique. Ces économies restent très dépendantes du pétrole et cherchent à développer de nouveaux secteurs.
Dans la pratique, les investissements locaux dominent encore largement. Les fonds souverains et les grandes familles de la région financent l’essentiel des projets, tandis que les capitaux étrangers restent plus prudents.
Un cadre d’une société allemande d’investissement immobilier résume cette réserve : « Peu d’investisseurs internationaux osent y aller à ce stade, c’est un marché qui manque de transparence », indique-t-il, sans accepter que son nom apparaisse.
Le sultanat d’Oman, lui aussi présent au Mipim, assure que la situation est différente sur son territoire. Selon Jamal Al Hadi, conseiller média du ministre du Logement, « il n’y a pas de guerre à Oman, donc pas d’impact ». Seules quelques installations pétrolières omanaises ont été touchées au début du conflit.
Les marchés financiers restent toutefois sensibles aux tensions régionales. Les entreprises immobilières basées à Dubaï ont vu leurs cours de Bourse reculer. L’analyste financière de Swissquote Bank, Ipek Ozkardeskaya, souligne que « la sécurité et la stabilité étant mises en péril par les répercussions de la guerre avec l’Iran ».
Elle évoque également la possibilité « des pertes plus importantes selon l’intensité et la durée des tensions, et en fonction de l’impact global sur la sécurité à Dubaï et de possibles départs d’expatriés ».
Dans une note, les analystes de Moody’s estiment que les premières conséquences du conflit pourraient passer par « les perturbations des exportations de pétrole et de gaz ainsi que du tourisme », ce qui pourrait en retour « peser sur les prix des actifs locaux, en particulier l’immobilier ».
Ce qui est important
- Le Mipim de Cannes met en avant plusieurs projets immobiliers géants venus d’Arabie saoudite et du Golfe.
- La guerre au Moyen-Orient complique certains déplacements et inquiète une partie des investisseurs.
- Les tensions pourraient affecter les marchés immobiliers de la région, notamment via l’énergie et le tourisme.

